L'âme? L'âme!
Le mot ne fait pas recette.
Petit à petit, le mot s’ankylose et se désuétise.
Bientôt, il sera moyenâgeux et, dans quelques années, on l’aura complètement oublié.
Pourtant…Pourtant, je sais une mienne expérience qu’il me serait bien impossible d’expliquer sans utiliser très précisément ce mot.
Jugez en vous-même.
J’attends de pied ferme les physiciens, les analystes et autres faiseurs d’histoires.
Trop de travail faisant, j’avais décidé de profiter de quelques congés ensoleillés pour me reposer au bord de la mer.
Je pourrais dire que la contemplation d’un grand liquide bleu apaise l’âme (c’est bien connu), mais, compte tenu du sujet qui m’amène (l'âme), je prétexterai simplement que l’air marin est bon pour la santé.
Je flânais sur la plage déserte, une joue caressée par les embruns et l’autre par les rayons d’un soleil bienveillant, quand, devant moi, presque nue, une déesse jaillit de l’onde.
Je sais. La scène fait penser à un certain James Bond 007 contre le Docteur No, quand Ursula Andress sort de l’eau. C’est ça. Presque ça. En plus moderne pour le maillot de bain, et en plus vaporeux pour la démarche.
Elle venait à moi.
J’allai à elle.
Nous nous arrêtâmes à quelques centimètres l’un de l’autre sans avoir prononcé une syllabe. La mer a reculé. Les nuages ont disparu. Un rayon de soleil nous a enlacés.
Alors, comme si cela était inévitable, j’ai approché doucement mes lèvres de ses lèvres.
Comme si cela était inévitable, elle a posé ses lèvres sur mes lèvres.
Comme si cela était inévitable, nous nous sommes étendus sur le sable.
Notre étreinte dura, dura, dura.
Je ne sais comment j’ai réussi à retrouver mes esprits et lui poser cette question : qui es-tu, déesse de beauté et d’amour ? (Je ne résiste pas à la poésie la plus grandiloquente dans mes moments d’extase).
Je suis, me répondit-elle d’une voix symphonieuse (tout autant symphonique qu’harmonieuse), une âme qui errait, en quête d’existence…
Une âme ! Une âme ! Voilà le mot !
Elle n’a pas dit: Je suis une pensée, un esprit, un fantôme…
Et qui aurait pu la croire ?
Aucune vapeur, aucune hallucination ou, que sais-je encore, aucun fantasme, aucun désespoir, aucune fantaisie dépressive n’aurait pu laisser cette marque dans mon cœur. Mes sens m’auraient traité de fou et expulsé de ce corps où ils avaient pris le pouvoir. Aujourd’hui je serais là-bas, sur cette plage, misérable, errant, tel une âme solitaire espérant une nouvelle existence.
Alors ?
The right word in the right place! Comme disent nos anglais cousins. Ceux qui doutent de la justesse du mot méritent ce que je pense!
© M.DALMAZZO